Walid bey Joumblatt
Mardi, février 27th, 2007Voilà un personnage qui ne s’embarasse pas de faire de la politique (autrement), si tant faire de la politique devient synonyme de « manger à tous les rateliers » ou ne point s’offusquer à « tourner sa veste ». Le bonhomme à plusieurs facettes.
Après avoir collaboré près de trente ans avec le régime sanguinaire syrien, le voilà, à l’aise, prenant la tête de l’intifida contre son ancien tuteur.Lui dont les guerriers druzes vidaient manu militari, il y a une douzaine d’années, les villages maronites de la montagne libanaise de leurs habitants est devenu, en quelques mois, la coqueluche des jeunes chrétiens de Beyrouth. C’est un des paradoxes de l’amour.
Rien ne le destinai à faire carrière, lui menant la vie douce, plus souvent dans les nuages que sur terre, roulant en Harley Davidson et fréquentant les boîtes de nuit plus que le sérail. La mort du père, Kamal, assassiné par les Syriens, l’oblige. Ses premiers pas sont entachés du sang des martyrs chrétiens, éxécutés en représailles à l’assassinat de son père. En bon laic, progressiste et socialiste, il hérite l’abbayé noire de son père, modernisme oblige.
Dans les années 1978 il nous racontait que « lea Syrie et les Russes sont avec les Arabes contre Israel et en tant que druze je ne peux être que dans ce camp-là ». Voilà une valeur qu’il partage avec ses amis de l’internationale socialiste, avec Mme Royal et Monsieur Hollande, la laïcité.
Il est à l’époque l’ami d’Arafat et des Russes, qui par l’intermédiaire d’Alexander Soldatov obtient des armes pour sa milice et rencontre Evgueni Primakov du KGB. Il garde une fascination pour la Russie soviétique et ce n’est pas le drapeau de l’ère stanilienne qui dira le contraire.
Pendant la guerre du Chouf, les forces libanaises aidées par les Israéliens, mais surtout piégées par eux, le Walid noue des contacts avec ces derniers, s’en sert afin d’étendre sa totale hégémonie sur la montagne libanaise. Il fera du Kasr Betiddine sa résidence principale et du Kasr Mir Amin un hôtel particulier sous la direction de son épouse.
Explication du texte par le Maître : « J’ai fait couler le sang, mais je n’avais pas le choix. L’heure n’était pas aux débats idéologiques. Il fallait d’abord préserver la sécurité du pays druze contre la droite chrétienne ». Avant tout il restera un chef druze.
Pendant le règne de Rafic Hariri, le Walid souffle le chaud et le froid, tantôt arrangeant, plus souvent boudeur. Jusqu’à la constitution d’un axe druzo-sunnite, contre un axe syrien représenté par la famille Assad au pouvoir. Il serait absolument faux de penser que ce nouveau magmat libanais est anti syrien, puisque ces deux personnages étaient liés corps et âmes à un axe parallèle et concurrent constituait d’Abdel Halim Khaddam, Hikmat Chehabi et Ghazi Kanaan. Il suffirait de voir les larmes de Joumblatt quand il a appris la mort-suicide de ce dernier. N-a-t-il pas déclaré qu’il perdait un grand ami et qu’il le regrettai.Notant au passage que le général syrien Ghazi Kenaan a dirigé avec sa botte le Liban durant de très longues années, il est responsable de la mort de civils libanais, de l’emprisonnement de centaine d’autres, de piétiner toutes les libertés existantes au Liban. Il s’agit purement et simplement d’un criminel de guerre et voilà que notre coqueluche le regrette. Même sur le plan humain, Walid Joumblatt sait-il qu’il viole le deuil de ces familles libanises et qu’il souille la mémoire de ce qu’il y a de plus sacré en nous ?
La décision des autorités syriennes d’imposer la prorogation du mandat du Président Lahoud sert de détonateur. La résolution 1559 de l’ONU (ce machin comme l’appelait le Général de Gaulle) exigea le retrait des troupes syriennes du Liban, les mêmes troupes légitimées par les grandes puissances depuis 1976 et tout particulièrement depuis 1990.
Sentant le vent tourné, le clash entre le régime syrien et les Américains devenant inéluctable, Walid devait absolument revoir ses orientations stratégiques. Une décision s’impose, quitter le navire.
Le front d’opposition du 14 mars sera constitué dans la foulée avec comme objectif premier gagner les élections législatives sur les bases de la loi électorale dite de 2000 taillé sur mesure par Ghazi Kenaan pour son ami Rafic Hariri. Là aussi Walid Joumblatt s’allie avec le « diable habillé en Prada » pour l’occasion, le Hezbollah, pour battre coûte que coûte, les représentants du mouvement patriotique de Michel Aoun à Baabda-Aley-Chouf. Cela ne l’a point empêché de se retourner contre le Hezbollah quelques semaines plus tard et monter dans le train américain après avoir fait allégeance à Condy dans une déclaration où il regrettait publiquement le fait d’avoir badiné sur la couleur de sa peau. L’amour propre ne faisant pas partie de ses valeurs, l’embarras n’existe point. N’avait-il pas ainsi publiquement regretté, en octobre 2003, que l’éminence grise du Pentagone, Paul Wolfowitz, n’ait pas trouvé la mort dans la tentative d’attentat dont il avait été victime à Bagdad. Il s’était vu, en représailles, privé de visa américain…
Qui est vraiment Walid bey?
Girouette ? Coqueluche ? Rebel ? Paradoxal ? Pro américain ? Nationaliste arabe ? International socialiste ? Laic ? Menteur ? Fumeur et fumiste ? Fantasque ? Intelligent ? Affable ? Rigolo ? Pyromane ?
Certainement le Walid est tout ça, mais pas que ça.
N’empêche qu’à cette heure ci, il se trouve aux USA pour des rencontres au plus haut niveau avec l’administration Bush (dis moi qui tu fréquentes je te dirai qui tu es), recevoir les dernières directives quant à la poursuite du blocage de la situation déjà explosive au Liban. Ah ces ricains
« Oh tyran de Damas, ô toi le singe inconnu de la nature, le serpent dont tous les serpents ont peur, toi le requin vomi par l’océan, toi la bête sauvage du désert, toi la créature qui est seulement une moitié d’homme, toi qui est le produit d’Israël au détriment des cadavres du Liban-Sud, toi le menteur et l’archi-tueur, toi le criminel qui verse le sang au Liban et en Syrie, nous reprenons sur toi les mots du grand poète Nizar Qabani : « Tous les vingt ans vient un homme armé pour massacrer l’unité dans le berceau et pour tuer les rêves ». C’était la déclaration de Joumblatt ce 14 février 2007.
J’aime bien écouter « la putain disserter sur sa virginité ».
Consternant.
