Photo scandale : l’histoire vraie.
Mercredi, février 28th, 2007
La photo primée a fait le tour du monde, reprise par l’ensemble des médias, commentée en long et en large, presque toujours critiquée sur les blogs d’ici et d’ailleurs. La bourgeoisie chrétienne venant faire du tourisme de guerre en banlieue sud.
Prise le 15 août 2006, par Spencer Platt, cette photo a été récompensée et reçue le World Press Photo Award 2006.
Que montre cette photo ? 4 jeunes filles glamour et un garçon faisant du tourisme dans un cabriolet rouge sur les ruines, souvenirs civilisés et O combien humains de l’armée israélienne de la banlieue sud.
Des journalistes de Marianne*, Gert van Langendock, ont retrouvé les jeunes gens photographiés.
Jad Maroun, 22 ans, et ses deux soeurs, la blonde Tamara, 26 ans, la brune Bissan, 29 ans, accompagnés de Liliane Nacouzi, 22 ans, et de Noor Nasser, 21 ans.
"Jad et ses soeurs racontent que leur excursion n’avait rien de touristique. Originaires de Dahiyé, bien que chrétiens, ils avaient quitté leurs maisons un mois auparavant sous la menace des bombes israéliennes. Installés dans un hôtel de Hamra, ils y ont rencontré Noor Nasser, musulmane et Liliane Nacouzi, chrétienne. Elles aussi étaient réfugiées des quartiers sud de Beyrouth. C’est également là qu’ils ont rencontré Lana El-Khalil, la propriétaire de la Mini Cooper rouge de la photo. Lana, 25 ans, travaillait avec Samidoun, une ONG créée pour aider les victimes de la guerre. Et, quand ils lui ont demandé d’emprunter sa voiture pour partir à la recherche de leurs maisons, Lana a tout de suite accepté.
" Regardez la photo dit Bissan, employée de banque, je vous assure qu’on n’est pas vraiment en train de s’amuser. Ce qu’on voit sur nos visages, c’est de la consternation face à ce qui s’est passé dans notre quartier ". Son frère admet qu’il a hésité à ouvrir le toit du cabriolet. " J’avais peur que cela donne une mauvaise impression. Mais il faisait très chaud, on était cinq dans la voiture et on voulait tous voir l’état du quartier."
La discussion se poursuit sur les lunettes design, les tee-shirts moulants dans un quartier chiite et conservateur. " On s’habille comme ça tous les jours, dit Noor. N’importe quel autre jour personne ne nous aurait remarqués. Et puis, oui, le glamour est une chose importante au Liban."
Les cinq jeunes Libanais qui n’avaient pas remarqué le photographe sur le terrain, se demandent pourquoi cette image a été primée. " Et pourquoi pas la photo de cet enfant mort après un bombardement israélien sur le village de Cana ? " demande simplement Lana.
* Marianne N°514 du 24 février au 2 mars- p.51
Ce qui est certain, ce qui reste dans le conscient des mortels, c’est l’histoire de cette escapade touristique des Libanais bourgeois et inconscients.
Il est néanmoins vrai que les médias qui ont brodé autour de cette photo, " war & sex " ne consacreront même pas une ligne pour relater l’histoire, vraie, de cette image. Le scoop est derrière nous. Passons à autre chose.
Consternant.

